Cléopâtre l'intrigante.

Publié le par Pattes


Nous avons traduit, en tant qu'optionnaires, un extrait de la Pharsale de Lucain. 34 vers qui traitaient de la première rencontre entre César et Cléopâtre, que M'sieur a commenté après la re-traduction de nos contresens.

Conclusion du commentaire, cette scène de première rencontre et de coup de foudre de César, ce n'est rien d'autre que la rencontre d'une intrigante et d'un débauché. Quand j'ai entendu ça... j'étais d'accord, mais quand même. Cléopâtre, outre qu'elle était très belle (son nez, piapiapia), moi je la trouve plutôt intelligente.

À 17 ans, réussir à séduire un César plutôt remonté, en prenant un air désolé et un ton mi-suppliant mi-convaincant, c'est pas si mal. Je ne sais pas si j'arriverais à en faire autant -de toute façon, je suis trop vieille, maintenant. Voilà, c'est fichu, je ne serai jamais reine d'Égypte -ni suicidée à 39 ans, ceci dit.


Cléopâtre, de toute façon, je l'aime depuis que je suis toute petite. D'abord parce que j'ai toujours été fascinée par l'Égypte, et que c'est impossible de parler d'Égypte sans parler d'elle, et parce que quand j'étais en... quatrième, je crois, j'avais traduit un texte de Pline l'Ancien, un extrait des Histoires naturelles (IX, 58), qui racontait la célèbre histoire de la perle.

Cléopâtre, l'histoire profane et Astérix veulent qu'elle ait passé sa vie à manger des perles dissoutes dans du vinaigre. En fait, elle n'en a mangé qu'une seule (mais laquelle), et c'était pour un pari.  Et à partir de ce texte original de Pline, je la trouvais géniale, Cléopâtre. Un talent fou pour avoir les bonnes idées au bon moment.


« Il y avait deux perles, les plus grosses qui eussent jamais existé, l'une et l'autre propriété de Cléopâtre, dernière reine d'Égypte; elles les avaient héritées des rois de l'Orient. Au temps où Antoine se gavait journellement de mets choisis, Cléopâtre, avec le dédain à la fois hautain et provocant d'une prostituée couronnée, dénigrait toute la somptuosité de ces apprêts. II lui demanda ce qui pouvait être ajouté à la magnificence de sa table; elle répondit qu'en un seul dîner elle engloutirait dix millions de sesterces.
Antoine était désireux d'apprendre comment, sans croire la chose possible. Ils firent donc un pari; le lendemain, jour de la décision, elle fit servir à Antoine un dîner certes somptueux - il ne fallait pas que ce jour fût perdu -, mais ordinaire. Antoine se moquait et demandait le compte des dépenses. Ce n'était, assura-t-elle, qu'un à-côté; le dîner coûterait le prix fixé, et elle mangerait à elle seule les dix millions de sesterces. Elle ordonna d'apporter le second service.
Suivant ses instructions, les serviteurs ne placèrent devant elle qu'un vase, rempli d'un vinaigre dont la violente acidité dissout les perles. Elle portait à ses oreilles ces bijoux extraordinaires, ce chef-d'œuvre de la nature vraiment unique. Alors qu'Antoine se demandait ce qu'elle allait faire, elle détacha l'une des perles, la plongea dans le liquide, et, lorsqu'elle fut dissoute, l'avala. Elle se préparait à engloutir l'autre de la même façon; Lucius Plancus, arbitre de ce pari, mit le holà et prononça qu'Antoine était vaincu, présage qui s'est accompli. »



On raconte que l'autre perle, sauvée de justesse, fut récupérée à la mort de Cléopâtre, coupée en deux et mise aux oreilles de la statue de Vénus dans le Panthéon.

Vous remarquerez quand même que M'sieur n'est pas d'une originalité flagrante en la traitant d'intrigante, là où Pline la décrit clairement comme une "prostituée couronnée". Enfin, elle a quand même un génie certain, cette brave Cléopâtre. Et puis avec ce pari (entre autres), elle est passée à la postérité.

Dans Astérix, d'abord (Astérix et Cléopâtre, p.11):



Et quand même, dans Vingt Mille Lieues sous les mers (ch.26) :

" Mais, demanda Conseil, est-ce que l’on ne cite pas quelques perles célèbres qui ont été cotées à un très haut prix ?
— Oui, mon garçon. On dit que César offrit à Servillia une perle estimée cent vingt mille francs de notre monnaie.
— J’ai même entendu raconter, dit le Canadien, qu’une certaine dame antique buvait des perles dans son vinaigre.
— Cléopâtre, riposta Conseil.
— Ça devait être mauvais, ajouta Ned Land.
— Détestable, ami Ned, répondit Conseil ; mais un petit verre de vinaigre qui coûte quinze cents mille francs, c’est d’un joli prix.
— Je regrette de ne pas avoir épousé cette dame, dit le Canadien en manoeuvrant son bras d’un air peu rassurant.
— Ned Land l’époux de Cléopâtre ! s’écria Conseil.
— Mais j’ai dû me marier, Conseil, répondit sérieusement le Canadien, et ce n’est pas ma faute si l’affaire n’a pas réussi. "


Cléopâtre, elle reste chouette. Même si c'était une intrigante prostituée couronnée. Et le latin, quand ça permet de découvrir des histoires comme ça, j'aime ça.
***

Publié dans ¡ Prépa pawaaa !

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P
J'espère bien, une latiniste ^^ Ca serait malheureux ^^
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C
Moi, je suis d'accord avec toi ! :-)
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