Vivre.

Publié le par Pattes

J'y arrive plus.

J'arrive plus à me dire que je suis en prépa, que je suis censée réviser pour le concours. J'ai pas envie de bosser ma philo, mon latin, mon histoire, mon grec, mon français parce que j'y suis obligée.

J'ai envie d'aller au musée, de voir tous ceux que j'ai pas eu le temps de visiter quand j'étais petite, d'aller au théâtre, de voir toute les pièces qui se jouent, y compris l'Avare pour lequel j'ai dû refuser une invitation, de passer du temps à la piscine, à nager pour oublier et pour me fatiguer physique- ment, de passer des aprèms avec les gens que j'aime, juste pour être heureuse.

À rire, à regarder des séries bêtes en anglais en pouffant parce que oui, c'est un peu trop trash pour moi, mais j'aime bien quand même les regarder avec toi, à t'écouter raconter des bêtises, me dire que t'as des plus beaux yeux que l'acteur dont je connais pas le nom, à t'accompagner à la poste parce que j'aime bien ça, à te raconter pourquoi je vais pas bien et écouter tes conseils, à t'entendre téléphoner à ta mère parce que ça me fait sourire, va savoir pourquoi,

à discuter avec 'Ma de tout et de rien, et surtout des trucs importants, à nous balader vingt minutes dans tous les sens avant de trouver où on a envie de manger, à rigoler par dessus des restes de hot-dog refroidi et de sandwich poulet-crudités qui sont bons parce que la mayonnaise est faite maison et toute fraîche, même si le lieu est creepy, à l'accompagner à la fac juste à temps pour le début du TD, mais sans courir parce que quand même on va pas courir pour la fac, ...

J'ai toujours eu du mal à me motiver pour bosser, mais là ça dépasse tout ce que j'ai jamais vécu, j'ai juste l'impression d'être dans un monde parallèle, je vais en cours quand j'ai envie, j'en sèche de plus en plus, je fais même plus mon boulot, je finis les trucs à rendre la veille au soir, je discute pendant que les profs parlent, je n'écoute plus rien sauf pour râler sur ce que je viens d'entendre, je suis une loque prépaïenne.

Quand je pense que c'est moi qui faisais la morale à Tom parce qu'il travail- lait pas assez et allait pas en cours, je me fais pitié... Je fais exactement comme lui, non pire, parce que lui au moins assumait sa volonté de ne pas bosser, alors que moi je feinte en permanence, je fais semblant de bosser quand mes parents sont là, parce que ça les blesse de voir que je fais rien, parce qu'ils croient en moi.

J'arrive pas à croire en moi, c'est bon je ne doute pas une seule seconde qu'il y a 75 personnes plus intelligentes/chanceuses/méritantes que moi qui auront Normale à ma place. Et 75 autres aussi plus intelligentes/chanceuses/
méritantes qui seront admissibles, et encore d'autres sous-admissibles.

Je sais pertinemment que si je bosse, j'ai une chance d'être sous-a, on sait jamais. Je sais aussi bien que je n'en ai plus que pour quelques mois, le concours c'est mi-mai, après y'a encore quelques temps de boulot puis les oraux, et en juillet c'est fini, plus jamais de prépa pour le restant de mes jours. Et on sait jamais, vraiment.

Oui oui, je sais tout ça, y'a pas de problème. Sauf que moi, c'est maintenant qu'il me faut une pause. Déjà, que j'apprenne à me coucher tôt à nouveau, ça me paraît inenvisageable de me mettre au lit à 22h, c'est pourtant une heure décente. Ensuite que je me réhabitue à bosser à des horaires normaux aussi, et pas la nuit alors que je tiens à peine debout.

Et que j'arrête de paniquer. Je peux pas à la fois ne rien faire pour Normale en me disant que je l'aurai pas et faire des crises d'angoisse parce que je l'aurai pas. Ou ne pas bosser et stresser parce que je fais rien. Je dois choisir un côté, un camp de moi, et m'y tenir. Y'a pas d'autre solution.

Mais là je vais juste dormir. Si j'arrive à me motiver pour trouver mes affaires de cours pour demain avant.



Bande-son : Worry About You - Ivy
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Publié dans ¡ Prépa pawaaa !

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