Parlez-moi d'avenir,

Publié le par Pattes

... ou le monde merveilleux de la fac en prépa.


Hier, on s'est occupés des équivalences. Les équivalences, ce sont ces petits bouts de papier, dossiers, feuilles volantes, particuliers à chaque fac, voire à chaque UFR de chaque fac, sur lesquels les élèves inscrivent leur nom, leur matricule - leur numéro d'étudiant, pardon -, et la filière qu'ils voudraient en théorie et a priori rejoindre après leurs dures années de prépa.

Comment choisir la filière d'avenir, généralement en fonction de l'option suivie en prépa. Exemple d'anthologie s'il en est, le mien, les lettres clas- siques étant mon avenir et ma perte, j'ai demandé une équivalence en lettres classiques. Ceci dit, le choix se fait également, et même surtout, en fonction des affinités de chacun. Bon la plupart du temps, on prend comme option en prépa une matière qui nous plaît, hein, la part de masochisme de chacun étant largement comblée par la seule entrée en prépa. Cependant on peut, par privilège exprès d'Ulm, avoir pris comme option une matière qui nous plaît moins mais est plus "rentable" en terme de concours, ou simplement on peut aimer également deux matières. Toujours le merveilleux exemple de ma petite personne, j'aime l'anglais, ça peut arriver à tout le monde. Du coup, je demande aussi une équivalence en anglais.

Mais d'abord, à quoi ça sert donc, une équivalence, et qu'est-ce que c'est ? Il est couramment admis qu'en prépa on forme des demi-dieux de la cul- ture. C'est sans doute un mythe, cependant la vie est à ce point bien faite qu'il est permis à ces élèves de ne pas perdre leurs années d'étude s'ils échouent au concours. Ainsi, obtenir une "équivalence en L2 de lettres classiques" signifie que la la Sorbonne admet qu'après deux ans de prépa, vous avez le niveau pour passer en troisième année de licence de lettres classiques, parce que vous avez fait approximativement l'équivalent de deux années de licence.
Classiquement, un hypokhâgneux demande une L1, première année de licence, un khâgneux carré une L2, deuxième année de licence, et un khâ- gneux cube une L3, troisième année de licence, soit une licence complète. Ce qui veut dire qu'après un an de prépa, on peut rentrer directement en deuxième année à la fac, dans la matière qu'on a choisie.

Alors la feinte, dans l'histoire, c'est qu'on n'obtient qu'une équivalence. Dit comme ça, ça ne paraît pas grave, mais ça l'est. Démonstration : j'ai obtenu, l'an dernier, une L2 de lettres classiques à Paris IV (La Sorbonne), et une L2 d'histoire à Paris I (là encore, les dénominations des facs sont assez aléatoires à mes yeux, même s'il doit bien y avoir une pensée ration- nelle derrière tout ça). Et cette année, je demande donc une L3 de lettres classiques, qui me permettra de rentrer en Master à la Sorbonne l'an prochain, c'est ma voie, mon avenir. Et je demande une L3 d'histoire, tant qu'à faire, j'ai payé les droits d'inscription  Paris I, autant que ça serve à quelque chose. Sauf que l'équivalence que j'obtiendrai ne me permettra que de m'inscrire en Master. Or, moi, l'histoire, je veux pas en faire.
La feinte se situe précisément ici : obtenir une équivalence, c'est obtenir le droit de s'inscrire dans l'année supérieure, mais ce n'est pas gagner un diplôme qu'on peut accrocher à son mur, ou plus prosaïquement glisser dans son CV. Parce que la fac considère, à mon avis à raison, que si l'on a le niveau pour se débrouiller en Master sans avoir suivi les cours des années précédentes, on ne peut pas prétendre en savoir autant que les élèves qui eux ont suivi ces cours. Si les élèves de prépa ont un niveau imbattable (?) sur l'histoire de la France depuis 1870 et du monde depuis 1918 (et encore, le monde en général, mais pas sur un pays en particulier), ils n'ont pas étudié les civilisations antiques, l'histoire de France pendant le Moyen-Âge, le Renaissance, avant après pendant...

Bref, autant dire que mon équivalence d'histoire, elle ne me sert à rien. J'ai la faiblesse de penser qu'on ne nous explique pas assez, et pas correc- tement, à quoi correspondent ces équivalences qu'on nous agite sous le nez dès notre entrée en prépa. Du coup, à nous d'affronter l'administration française, ses méandres, ses lenteurs, sachant que si déjà en temps normal elle est caricaturale, celle de la fac dépasse toute mesure.

Si je ne réapparais plus après juin, c'est que je serai coincée dans un couloir de fac, à tenter de négocier mon avenir. Adieu.
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Publié dans ¡ Prépa pawaaa !

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