Ecrire, c'est vivre un peu.

Publié le par Pattes


C'est curieux, cette sensation d'écrire presque naturellement, comme les mots venaient tous seuls sous les doigts, comme si c'était normal.

Cette sensation de se trahir dans chaque mot qui se glisse, pourquoi celui-là plutôt qu'un autre, dans chaque mot que finalement je ne choisirai pas, et pourtant cette trahison est agréable, c'est curieux de sentir que l'autre lit et sent des mécanismes qui s'enclenchent entre les mots, entre les phrases, des mouvements dont on n'a pas forcément conscience quand on écrit, mais qui existent, et se montrent à qui veut bien les voir, qui laissent transparaitre les joies, les douleurs, ça fait bateau dit comme ça, mais c'est tout un pan de l'existence qui affleure quand on écrit, cette part de nous qu'on veut bien montrer à l'autre, lui laisser deviner s'il en est capable, sinon ça ne nous engage à rien puisqu'il n'aura rien vu, ce bout de soi qu'on offre en tentant de rester le plus honnête possible, même si rien n'est honnête dans la vie, et les mots moins que tout, choisir un mot plutôt qu'un autre, former des phrases plus longues ou plus courtes, hachées ou des périodes latines, évoquer des souvenirs d'une enfance perdue et jusqu'à l'instant oubliée ou créer les souvenirs qu'on aura dans quelques années et qu'on regardera d'un air ému ou agacé, tout cela ne fait rien que nous créer sans cesse sous le regard de l'autre, sans cesse différent et sans cesse nouveau, sorte d'être polymorphe dont la vie ne réside que dans le changement constant, face à un autre toujours identique et toujours autre, qui masque autant que soi, qui se montre en se cachant, qui tente de se dévoiler mais ment autant que nous, parce qu'on ment toujours en écrivant, pourquoi dire qu'on attend les vingt-neuf ans plutôt que révéler qu'on voudrait parfois avoir les cheveux bleus, pourquoi écrire la stabilité parfois déprimée au lieu de dire qu'en fin de compte on pourrait n'importe quand sombrer si personne ne nous ramenait à l'esprit, à la littérature, à nous ?

Ca y est, ça recommence, je réfléchis, j'écris, ça commence une phrase sans fin, dans laquelle les doigts écrivent les mots qu'ils veulent, livrent les pensées qu'ils veulent, comme si la tête ne contrôlait plus rien, comme si soudain plus aucun barrage n'existait, et qu'on pouvait dire exactement ce qu'on pense de chacun sans se soucier des conséquences, comme une ivresse désinhibitrice, c'est fort laid à écrire ce mot, qui laisse libre cours au fond de la pensée, celui qu'on cache toujours aux autres autant qu'à soi, celui qu'il ne faut pas regarder et affronter si on ne veut pas avoir à remettre en question son existence entière, celui qui d'un seul coup regarde le monde et comprend pourquoi tant de gens brûlent leur vie dans leur jeunesse et s'ouvrent les veines sans regret, celui qui dit que la vie c'est quand même merveilleux, que quand on voit le soleil qui chauffe l'herbe fraichement coupée on ne peut pas comprendre pourquoi on sacrifie sa vie subitement, sans raison apparente, celui qui n'a aucune logique et ne s'encombre pas de raison, qui joue allègrement avec les contradictions et c'est normal, n'est-ce pas l'essence même de l'être que la contradiction, la multiplicité des visages et des couleurs, un arc-en-ciel un peu brouillé qui se cache derrière des mots pour se forger un masque impénétrable par les autres, on ne sait jamais ce qui peut arriver et c'est tellement facile d'être blessée...


Tiens, j'écoutais ça, chanson spéciale coup de cafard, et à la place, c'est ça qui s'est lancé, juste les quelques premières secondes, jusqu'à l'arrivée de la batterie, les quelques notes grattées puis la voix qui se pose dessus, et soudain ça. La chanson qui me fait pleurer pour peu que je suis fatiguée quand je l'entends.

Alors je vais partir me coucher. Tu sais, cette position de bébé recroque- villé, la main qui se crispe sur le keffieh. Et les larmes qui coulent sur l'oreiller.
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P
Ca dépend qui ^^
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A
Vivre, c'est écrire beaucoup ;op
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P
Je ne voulais pas me relire hier soir parce que j'écris ce genre de trucs pour me vider l'esprit sur le moment, et pour relire plus tard, bien plus tard. Si peu de temps après leur écriture, je ne relis que ce qu'on m'a écrit, des bouts de roman, des mails... et je souris.
Parce que je préfère lire les phrases insensées des autres que les miennes. Parce que je les trouve plus révélatrices d'eux que moi avec les miennes. Et parce que là où je ne sais pas trop pourquoi moi je le fais, je trouve ça courageux de leur part de me laisser les voir, ces phrases.
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A
hummm que sous entends tu ici mathilde? (esprit médecine on)
 
benoît heureusement que t'es là.
 
autre sujet: ben comme quoi tu vois, pour quoi tu ne veux pas te relire maintenant?
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P
Je préfère les sous-estimer, ça me donne moins l'impression de me déshabiller... Même si j'en connais quelques uns qui déchiffrent parfaitement ^^
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