Et le pire, c'est que c'était gentil.

Publié le par Pattes

Je suis rentrée en métro avec ma mère, hier soir. Avec nous, sur la quai, la Panthère et sa fille. Elles nous ont sauté dessus pour prendre des nou- velles de grand-père, fort bien.

Sauf que maman, si ça la fait pleurer d'y penser, forcément, en parler, ça ne lui fait pas du bien. Du coup, au milieu de leurs "Alors comment ça va? " "Mais ça doit être terrible !" "Et Bernadette tient le coup ?" "Oh comme vous avez du courage !" "On est vraiment avec vous." " C'est vraiment moche, ce qui vous arrive !" , elle a commencé à pleurer.

L'autre zozotte, la fille, s'est jetée sur elle pour lui faire un câlin, dont elle ne voulait pas. Je lui ai pris la main, mais la Panthère l'a retirée pour mettre la sienne à la place. Elle m'a regardé droit dans les yeux, moi qui souriais à maman, et elle m'a sorti "Oh, tu es forte, toi".

Elle attendait quoi, exactement ? Que je me mette à pleurer aussi, pour qu'elle puisse me consoler ? Je ne pleure pas devant les gens, moi. Maman ne tient plus le coup, elle y peut rien, mais ça ne me fera pas craquer devant quelqu'un en qui je n'ai pas une confiance absolue.

Le pire, c'est que c'était fait gentiment. Sauf qu'on préfèrerait qu'ils nous laissent tranquille. Un regard interrogateur, d'accord, à la limite qu'ils demandent comment ça va depuis la dernière fois qu'on s'est vus, d'accord. Mais pitié, qu'ils évitent, tous, de nous regarder avec les yeux larmoyants et de nous faire parler de ça. On n'en a pas besoin, merci. Foutez-nous la paix.

C'est marrant, cette façon d'écrire toujours "ça". Oui, "ça", ça grand-père qui ne marche plus ailleurs que chez lui, qui est en chaise roulante, qui ne peut plus rien faire tout seul, et commence même à ne plus me reconnaitre, moi la seule dont il avait toujours gardé la mémoire jusqu'ici.

"Ca", la maladie. Celle dont on voudrait oublier l'existence, mais elle reste là. Alors un peu de pudeur, punaise. Ne nous forcez pas à parler.
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